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Deux photos en deux clics

  • il y a 3 heures
  • 4 min de lecture

Deux photos en deux clics que j’ai prises en sortant de l’écurie, le temps de capter une scène qui paraissait plutôt incongrue.

 

Judith s’apprêtait à partir et faisait un brin de jasette avec Ghislain qui venait de descendre de son véhicule utilitaire.   Boréale, qui broutait tranquillement en avant de l’écurie avec Karel, s’est dirigé vers Judith du pas assuré d’une jument qui sait ce qu’elle fait et où elle va. Judith a eu le bon réflexe de se détourner pour l’accueillir avec le sourire.  Karel, qui suivait Boréale, a poursuivi son chemin avec l’idée d’aller plutôt visiter l’intérieur du garage. Elle en est ressortie bien calmement, s’arrêtant sous la grande porte, le temps d’échanger un regard avec Ghislain qui attendait là immobile, un peu surpris mais surtout soulagé de ne pas avoir entendu les « beding bedang » anticipés en voyant circuler l’imprévisible Karel à travers ses outils éparpillés, les planches et les carcasses de bricolage!

 

Comment interpréter cette curiosité légèrement audacieuse de la part des juments? Que cache l’initiative de Boréale qui décide tout bonnement d’aller à la rencontre de Judith? Que signifie cette incursion de Karel dans l’univers typiquement humain de la mécanique et de l’entreposage?  

 

Je me suis rappelé l’attitude de Windy qui, en profitant d’une totale liberté pendant les dix dernières années de sa vie, avait pris possession du territoire et se manifestait en maître des lieux. Il en connaissait les moindres racoins, se déplaçait continuellement et apparaissait devant l’écurie dès qu’une nouvelle personne ou un événement inhabituel se présentait. J’ai reconnu en Boréale et Karel cette attitude confiante de chevaux qui découvrent un territoire à partager avec des humains. Une cohabitation obligée avec des gens en qui ils font confiance mais où l’esprit de troupeau va quand même prédominer. À l’instar de Windy, Boréale déploie ses aptitudes en tant que leader naturel. Quant à Karel, celle-ci démontre de la confiance en autant qu’elle reste en contact avec Boréale.


Le jour d’après…

 

En parlant de leadership, j’arrive tout juste d’un « tête à tête » non planifié avec Boréale, qui se voulait comme un genre de mise au point après un événement imprévu survenu un peu plus tôt.  Comme à chaque matin, j’avais fait sortir les deux juments de leur parc pour les laisser brouter une couple d’heures. J’ai croisé Boréale quelques instants plus tard et j’ai remarqué chez elle un niveau d’énergie légèrement plus élevé que d’habitude, ce que j’ai vite attribué à la température plutôt fraiche et aussi très venteuse.

 

Mais en allant porter Charming et Billy dans le parc sur la butte à côté de l’écurie, Judith et moi on a vu soudainement arriver Boréale et Karel qui trottaient vers nous, l’adrénaline « dans le plafond » après avoir couru en boucles devant l’écurie. Il semblerait qu’elles aient été stimulées par l’arrivée d’une voiture, celle-ci étant, en exagérant un peu, un prétexte pour déclencher l’hystérie collective.

En voyant le port de tête imposant de Boréale sur sa charpente de 1600 livres allégée par l’excitation mais exprimant aussi le poids de la détermination, avec Karel qui suivait aussi toute en beauté, j’ai rapidement réalisé en les voyant se diriger vers moi que je devais tout faire pour protéger mon propre troupeau de deux.  Je n’avais que ma personne et le bout de ma corde à faire tourner pour les éloigner de notre espace vital. C’était assez ahurissant de voir Boréale se détourner pour ruer Charming. Elle ne l’a pas touché heureusement, son intention était surtout de la pousser de là et de l’entrainer avec elles. Je savais que ce n’était pas moi qu’elle visait mais la situation n’avait rien de confortable.

Judith s’est dépêchée de mettre le petit Billy à l’abri dans le parc; je l’ai entendu dire : « Attend je viens t’aider ! »  Et à deux, on a réussi à les convaincre de s’éloigner.

 

Après cet épisode surprenant où je me suis retrouvée impliquée dans une altercation entre chevaux où Boréale, je pense, sous l’effet de l’adrénaline a suivi son instinct de dominance pour essayer de rallier Charming à son troupeau, je me suis demandé où en était mon leadership à moi par rapport à Boréale.  Je l’ai donc conviée à une entrevue pour discuter sérieusement de notre rapport, de personne à cheval. Je ne sais pas si elle a senti quelque chose dans mon attitude mais dès le moment où j’ai commencé à lui demander des choses, elle a été, autant physiquement, mentalement, qu’émotionnellement, meilleure que jamais. J’ai enlevé le licou et la corde pour faire des « Travelling circles » et j’ai traversé plusieurs fois le grand paddock pendant qu’elle continuait de tourner calmement et d’un bon rythme autour de moi, sans me quitter des yeux.

 

J’ai compris que je n’avais pas à la blâmer pour ce qui c’était passé auparavant. Pour elle, ça n’existait plus, c’était complètement chose du passé. Mon leadership dans notre relation était encore moins remis en question vu que le besoin de le tester m’avait probablement rendue un peu plus présente et un peu plus exigeante.

 

Cela m’a rappelé qu’il m’était arrivé à peu près la même chose à l’époque où je m’occupais de Queen’s last love et de Windy. Queen’s m’avait mordu le bout du doigt et pincée à vif, je l’avais ramené dans le manège pour une discussion afin de réaffirmer mon autorité. Je n’ai jamais eu à lever le ton. Il avait l’air d’un ange, obéissant avec une si belle énergie qu’il a même réussi à me faire me sentir moi aussi, pour reprendre l’expression, meilleure que jamais…

 

Les chevaux ressentent énormément…et oui, il faut se méfier de leurs instincts de fuite ou de dominance. Mais dans une relation Humain/cheval où ils font parti de notre monde, je pense que c’est important d’apprendre à leur faire confiance en applaudissant leur capacité d’adaptation.

 

(18 juillet 2026)



 
 
 

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