Il y a un cheval en liberté!!!
L’esprit humain s’affole, c’est le branle-bas de combat. Vite il faut l’attraper! L’imagination fait craindre le pire. La frustration fait place à l’action; aller chercher un licou avec une corde, trouver de l’aide… J’ai connu ça.
Mais que se passe-t-il dans la tête du cheval? Le voilà en train de brouter autour de l’écurie tranquillement. S’il en a la chance il va rejoindre des amis pour échanger sur le bord de la clôture. Il va peut-être profiter d’un peu de ces moments de liberté pour courir à son gré où bon lui semble. Il ne cherche pas à se cacher et il y a plus de chance qu’il aille explorer plus loin s’il est en compagnie d’un copain. Bref, il a l’air tout à fait bien.
Panique pour nous versus confort chez nos équidés. Est-ce qu’on vit dans le même monde?
J’ai souhaité à un moment donné que Windy soit confiné dans un box comme les autres après l’avoir couru une demi-heure dans le champ avant de le ramener à l’écurie où nous nous trouvions dans ce temps-là. Nous aussi on recherche le confort…mais pas le même.
Je me rappelle aussi l’avoir poursuivi un bon bout de temps sur le bord du chemin, craignant un accident ou marcher jusqu’au village voisin… C’est seulement quand je me suis décidée à m’arrêter que Windy s’est aussitôt immobilisé; il est revenu me trouver et m’a suivi jusqu’à la maison. Difficile d’enlever la pression quand on a peur.
Il y a la fois aussi où un étranger est venu cogner à la porte de la maison à trois heures du matin pour nous demander si les quatre chevaux qu’il avait suivi du village jusqu’à chez nous étaient bien les nôtres. On les a retrouvés sagement réinstallés dans un parc qui n’était pas le leur mais bon, on a refermé la barrière en attendant de les réintégrer au matin dans leur propre parc. Une belle escapade de groupe qui n’avait pas le moins du monde eu l’effet de les stresser. Quant à moi, j’ai pas arrêté d’imaginer ce qui aurais pu se produire.
Il arrive encore que quelqu’un entre subitement dans l’écurie en criant : IL Y A UN CHEVAL EN LIBERTÉ ! ». Maintenant cela me fait sourire.
J’ai appris à faire confiance à mes chevaux. J’ai réalisé que de pouvoir bouger les rendaient plus calmes. Moins de jeux de dominance aussi dans les plus grands espaces, sans compter les effets bénéfiques pour eux de pouvoir explorer leur environnement, en dehors du box. Eux aussi prennent confiance; envers nous, envers eux et envers l’environnement. J’ai appris à gérer mes émotions en sachant quoi faire dans différentes situations, l’important étant de rester calme. Les chevaux ont besoin d’un leader, je veux être celui avec qui ils veulent rester.
Le Horsemanship m’a appris que dans la relation Humain/Cheval, on peut peut-être essayer de faire la moitié du chemin qui nous sépare. Pour diminuer d’une part notre anxiété et préserver la sécurité de nos chevaux, pourquoi ne pas leur donner plus d’espace tout en établissant clairement les limites sécuritaires sur le terrain.
Évidemment, rien n’est jamais tout à fait simple. La sécurité est un besoin essentiel pour les chevaux; l’environnement doit être aménagé en fonction de ça. Autant que possible, pas de traineries, pas de pièges à chevaux et des barrières là où il faut. Malheureusement, on doit éviter l’accès à l’herbe à ceux qui sont plus susceptibles de développer des problèmes aux pieds. Et puis, la règle est de les initier à l'herbe de façon progressive, en de courtes sessions au début. Il ne faut pas oublier que dans la nature, ils doivent se déplacer sur de longues distances pour trouver à se nourrir. Ils sont loin d’être comme à bar ouvert sur le gazon. En tout temps, on doit être vigilants et présents. Avoir des chevaux c’est un choix et la responsabilité vient avec.
Le libre mouvement a été particulièrement bon pour Windy, autant pour sa santé physique que mentale. À treize ans il a été diagnostiqué naviculaire. À dix-sept ans, à l’hôpital de Ste-Hyacinthe on m’a informé qu’il avait un souffle au cœur important et des troubles du rythme. À vingt-sept ans il s'est fait une rupture d'un tendon à l’un de ses postérieurs. C’est là qu’on a décidé de le laisser circuler à son aise durant le jour. On le voit ici sur le vidéo à l’âge de trente-six ans, presque trente-sept, presqu’aveugle et sourd, se promenant d’un pas alerte aux alentours de l’écurie. Jusqu’à la toute fin, il a continué à faire sa vie de cheval, à marcher et courir pied nu, à varier son alimentation, tout en socialisant avec les amis. Aurait-il vécu aussi longtemps dans le "confort" de son box?
(25 avril 2024)



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