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Histoire vécue

14 oct.
3 min de lecture


C’était il y a longtemps, avant qu’on installe une barrière à l’entrée de la ferme. Il était environ trois heures du matin quand Ghislain et moi, on se fit réveillés par quelqu’un qui cognait à la porte de la maison. Un : « Qui va là? »  Traversa notre esprit inquiet, non sans raison. Comme d’habitude la curiosité l’emporta sur notre imagination et on se dépêcha d’aller répondre. Un homme se tenait devant la porte; un brin stressé il nous demanda si on avait des chevaux.

- « Oui… on en a, pourquoi? » qu’on lui répondit.

 Il nous expliqua, l’air incrédule, comme s’il avait lui-même du mal à croire ce qu’il venait de vivre :

- « J’arrive du village (on appelait encore ainsi le centre de la municipalité à ce moment-là) et j’ai suivi un groupe de chevaux tout au long du rang (en fait c’est la rue Hôtel de ville, le rang huit d’autrefois, qui part en ligne droite en face de l’église en passant par chez nous, deux kilomètres plus loin). Il y en avait quatre et ils ont fini par tourner dans votre cour; ils sont partis par derrière.

- « Quoi? Qu’est-ce que vous dites? »

Il ne connaissait rien aux chevaux et ça paraissait, rien qu’à sa manière d’expliquer son expérience qui, pour sa défense, sortait véritablement de l’ordinaire.

- « Eh bien oui… je les ai suivis depuis le village, question d’assurer la sécurité pour les autres voitures. »

J’en était déjà mentalement à faire l’inventaire de nos chevaux qui vivaient dehors vingt-quatre heures sur vingt-quatre pendant qu’on remerciait rapidement notre gentil monsieur qui avait si bien mesuré l’importance de l’événement en prenant également la peine de nous avertir. Pressés de connaître les aboutissants de cette affaire, on se dépêcha d’aller faire le décompte et voir ce qui se passait sur le terrain.

Habillés à la hâte, on sortit de la maison pour se diriger vers les paddocks. En contournant le garage on aperçut dans la noirceur les quatre aventuriers qui s’étaient faufilés dans le premier parc, celui le plus près de l’écurie et qui était vide à cette heure de la nuit. On reconnut d’abord la blanche Bonita puis ses colocs, Shany, Zira et Bily (si ma mémoire est bonne). Ils s’étaient tout bonnement trompés de parcs en revenant de ce qui semblait être une belle escapade de bande. Heureusement, celle-ci s’est bien terminée, comme si de rien n’était, par une discrète rentrée au bercail.

En bon gardien de troupeau, on les observa un moment pour se rendre compte qu’aucun d’eux ne semblait perturbé ou blessé. Dans la rue, une voiture de police sillonnait les alentours, alertée on peut le supposer par des résidents insomniaques.  

On referma la porte du paddock; remettant de quelques heures le déménagement de nos bien aisés pensionnaires dans leurs propres quartiers.

​

Encore maintenant j’imagine la scène. Un cheval découvre que la barrière de leur parc est restée ouverte. Ensemble ils traversent la cour à la lueur du lampadaire. Ils trouvent la sortie en passant à côté de la maison puis prennent la rue. Ils marchent sur le bord du chemin, à queue leu leu. C’était sûrement l’hiver sinon ils se seraient arrêtés manger au premier emplacement d’une quelconque herbe tentante. Donc, ils marchent, je devine en suivant Bonita, la chef de la troupe. Ils laissent tomber à quelques endroits des pommes de route, ce qui nous permettra dès le lendemain d’étayer la preuve de leur passage jusqu’aux abords du Pub.  Peut-être avaient-ils projeté d’aller prendre une bière et puis revenir ? J’aurais bien aimé, vraiment, être à la place de celui qui les a suivis jusqu’à la ferme. Je me demande encore par quel radar ils ont retrouvé leur chemin. L’instinct, la mémoire ? Comment savoir.

Je me dis que dans cette histoire inusitée, ce sont certes les personnages à l’allure humaine qui ont manifesté les émotions les plus dérangeantes, venant de la surprise, du stress ou de la crainte de je ne sais trop quoi. Selon ce que j’ai pu savoir, nos amis équidés eux, ont vécu cette aventure plutôt calmement. Faudrait peut-être réviser alors certaines de nos idées préconçues comme quoi la liberté fait peur!

 

(16 mai 2025)

 
 
 

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