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Persistance passive

16 oct.
4 min de lecture

Intéressant!

Comme j’ai l’habitude de le faire à cette période de l’année, alors que le terrain ne leur permet pas encore de bouger à leur guise, j’ai amené Karel et Boréale jouer dans le manège.  La première chose qu’elles font en entrant par la porte de derrière, c’est se rouler.  Les jours où elles ont envie d’écouler leur surplus d’énergie, ça se traduit pour Boréale par une course qui fait environ un demi-tour du manège parsemé d’un ou deux « broncs ». Quant à Karel c’est plus dans le style ruade en levant les postérieurs presque qu’à la verticale. Son expression pourrait suggérer autant une frustration qu’une excitation et s’éteint peu après que Boréale se soit immobilisée. Le point de ralliement se trouve devant la fenêtre du salon, à l’autre bout du manège. C’est là qu’elles m’attendent toutes les deux en me regardant. Ou bien elles se fient sur moi pour initier la période de jeu ou bien elles se tiennent dans le coin en espérant secrètement que je les oublie. Souvent je m’en vais dans le salon le temps d’aller mettre de la musique. Le nez sur la vitre qui nous sépare, Boréale me surveille. Je me laisse désirer un instant puis je vais les retrouver. Elles démontrent généralement peu d’enthousiasme; j’ai bien l’impression qu’il me revient de mettre un peu d’ambiance.

 

Quand je me sens bien motivée à relever le défi, je leur propose différents parcours avec des obstacles. Des petits sauts, des barres au sol, des choses à contourner, des endroits où passer… on commence avec une longue corde puis on finit par refaire le patron en liberté. Karel, un peu plus espiègle au début, est souvent la première à vouloir s’engager dans l’aventure mais Boréale, plus hésitante, y excelle aussi à la fin avec un parcours parfait.

 

À d’autres sessions, je choisis tout simplement de les mettre en avant, de les activer au trot surtout, au rythme de la musique. J’essaie d’éviter de faire uniquement des cercles, ça devient ennuyant autant pour elles que pour moi. J’aime bien les exercices pour garder la connexion que Linda a introduit dans son programme. Ça me permet d’alterner les lignes droites, les changements de direction et les cercles.

 

Souvent, quand je m’avance pour chercher une première volontaire, Karel s’efface derrière Boréale. Sans prendre ça personnel, je m’approche de Boréale qui attend et qui ne dit jamais non et j’installe la corde sur son licou. D’abord à distance, Karel nous regarde évoluer et avance vers nous tranquillement; elle attend son tour. Chacune d’elles ont une énergie différente. Mon grand paquebot noir se déplace à une vitesse de croisière et c’est plutôt difficile de mettre les gaz. Mon bateau blanc à moteur lui, peut virevolter à la vitesse de l’éclair, comme elle peut garder le cap dans une attitude de calme relatif et d’obéissance.

J’ai remarqué que manipuler les deux juments en mêmes temps en utilisant deux cordes mettait un peu de piquant dans les exercices. Obligées de tenir compte de l’autre en accélérant ou en ralentissant, elles apprennent à chercher l’harmonie dans une relation à trois. On termine toujours nos activités en marchant toutes les trois côtes à côtes, moi au milieu, vers la sortie.

 

Puis il y eu cette fameuse session où j’ai été vraiment surprise du comportement de Karel, au point où, faute de témoin j’ai posé mon téléphone sur le porte-brosse pour filmer. Dès le début, elle a enclenché avec l’idée de me suivre ou de nous suivre Boréale et moi. À nos premiers pas, elle s’est accrochée à mon épaule et ne m’a pas quitté.  Je m’occupais de Boréale sans lui prêter une attention particulière. Aussi, je n’ai pas fait exprès pour la distancer et la perdre en cours de route; je suis restée la plupart du temps sur un grand cercle. Je la sentais bien présente à mes côtés. Dans les changements de direction elle a trouvé par elle-même le moyen de se reconnecter. Sans démontrer aucune émotion particulière, elle nous accompagnait simplement pendant que je me questionnais sur les motifs qui la guidaient.

 

En revisionnant les vidéos, j’ai failli tomber dans le piège de culpabiliser en me sentant mal d’avoir ignoré Karel. Qu’est-ce qui la poussait à vouloir nous accompagner? Elle ne cherchait pas à perturber quoi que ce soit, elle était là et je me demandais pourquoi. Cherchait-elle à me dire quelque chose? J’ai regardé encore une fois les vidéos pour

réaliser que les séquences se terminent de la même façon. Sans que je m’en rende compte, Boréale et moi avons été aspirées toutes les deux dans le processus. J’ai eu beau me concentrer à mettre plus d’énergie envers Boréale pour la diriger et la garder en mouvement, ça devenait toujours plus difficile de la garder éloignée. À quelque part j’étais aussi involontairement dérangée et désorientée par Karel qui voulait participer sans être invitée.  À chacune des reprises, j’ai fini par enlever la corde qui me reliait à Boréale et, consciemment ou inconsciemment, j’ai abandonné mon idée pour suivre celle de Karel…

 

Que ce soit prémédité ou non, elle a su me démontrer où était le confort et nous amener Boréale et moi dans une promenade somme toute plutôt agréable. En guise de conclusion je dirais que ça pourrait être un bel exemple, version cheval, de la technique qui dit que la « persistance passive dans la bonne position » est une excellente manière d’obtenir à la fin ce que l’on veut.

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(22 juin 2025)

 
 
 

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